Audience auprès de M. Bisson-​​Vaivre, doyen de l’IG-EVS

25 mai 2011

RESUME
M. Claude Bisson-​​Vaivre, doyen de l’Inspection générale Établis­se­ments et Vie Sco­laire, a accordé le 25 mai 2011 une audience à la FADBEN, repré­sentée par Martine Ernoult, pré­si­dente, Ivana Ballarini-​​Santonocito et Thierry Adnot, en pré­sence de M. Jean-​​Louis Dur­paire, ins­pecteur général pré­sident des jurys du CAPES de (...)

Audience auprès de M. Bisson-​​Vaivre, doyen de l’IG-EVS

25 mai 2011

M. Claude Bisson-​​Vaivre, doyen de l’Inspection générale Établis­se­ments et Vie Sco­laire, a accordé le 25 mai 2011 une audience à la FADBEN, repré­sentée par Martine Ernoult, pré­si­dente, Ivana Ballarini-​​Santonocito et Thierry Adnot, en pré­sence de M. Jean-​​Louis Dur­paire, ins­pecteur général pré­sident des jurys du CAPES de documentation.

L’Inspection générale nous assure qu’elle est tou­jours attentive aux ques­tions qui pré­oc­cupent nos col­lègues ensei­gnants docu­men­ta­listes mais pointe également la diversité des repré­sen­ta­tions sur notre identité professionnelle.


La formation des personnels

FADBEN : La création du CAPES en 1989 a accéléré la pro­fes­sion­na­li­sation des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes. La for­mation en IUFM et à l’Université, en s’appuyant sur les travaux de la recherche, ont consolidé l’ancrage de la pro­fession dans les sciences de l’information. Or, depuis 20 ans, le nombre de postes aux concours ne suffit plus à combler les besoins du système éducatif. La FADBEN attire l’attention de l’Inspection sur la nécessité d’une for­mation continue plus per­for­mante des per­sonnels faisant fonction, soit la moitié des effectifs. Comment la for­mation continue permet-​​elle de combler le déficit de connais­sances spé­ci­fiques, de mettre à niveau les com­pé­tences et apti­tudes attendues de tous les « faisant fonction » ?

IGEN : La for­mation des per­sonnels doit être évoquée avec la DGESCO (Direction générale de l’enseignement sco­laire). Concernant le nombre de pro­fes­seurs docu­men­ta­listes cer­tifiés, recrutés par CAPES, il est très dif­ficile, d’interpréter les données com­mu­ni­quées par la DEPP (Direction de l’évaluation, de la pros­pective et de la per­for­mance). Elle estime à 13000 le nombre de pro­fes­seurs docu­men­ta­listes. 6% des per­sonnels seraient en réadap­tation. Désormais, ceux-​​ci, comme les per­sonnels en recon­version, sont recrutés au niveau aca­dé­mique sous l’autorité du recteur. Les prin­cipes de recon­version adoptés sont la vali­dation par l’IPR EVS et une qua­li­fi­cation uni­ver­si­taire exigée en SIC de niveau Master 2.

La res­pon­sa­bilité de recru­tement des vaca­taires est donnée aux DRH des académies.

Le métier de pro­fesseur docu­men­ta­liste s’appuie sur les 10 com­pé­tences déter­minées pour les ensei­gnants et les CPE. Le pro­fesseur docu­men­ta­liste n’a pas de fiche propre dans le RIME (Réper­toire Inter­mi­nis­tériel des Métiers de l’État). Il est intégré dans la fiche ensei­gnant, comme le chef des travaux.

Le recru­tement par CDD ne concerne que les rem­pla­ce­ments de courte durée et ne peut pas se sub­stituer à un poste de titulaire.

La question de la recon­nais­sance du rôle péda­go­gique des pro­fes­seurs documentalistes.

FADBEN : Dans un pré-​​projet d’évolution de la cir­cu­laire de mission du pro­fesseur docu­men­ta­liste, nous avons pu constater que le pro­fesseur docu­men­ta­liste n’était ni considéré comme un ensei­gnant (pas de réfé­rentiel, pas de module d’enseignement), ni comme docu­men­ta­liste mais comme un appui, un vague col­la­bo­rateur. N’y a-​​t-​​il pas un hiatus entre le contenu du CAPES et la réalité de l’exercice des mis­sions sur le terrain ?

IGEN : Il n’y a pas de rupture entre les épreuves et les attentes en établis­sement. Le hiatus qui peut exister quel­quefois tient à la pré­sence ou non dans l’établissement d’une poli­tique docu­men­taire. Elle permet d’amener à l’élève for­mation et ressources.

Le CAPES de docu­men­tation est ancré dans une domi­nante SIC (Sciences de l’Information et de la Com­mu­ni­cation). Cela n’est pas remis en question. Le groupe de travail est vigilant sur cette question. Quatre ins­pec­teurs généraux ont tra­vaillé sur la maquette, en concer­tation avec d’anciennes pré­si­dentes de la FADBEN.

Le contenu du concours dessine le métier :

La com­po­sition, épreuve de fond où le can­didat doit faire la preuve de ses connais­sances en SIC, ainsi que sur cer­tains éléments de biblio­thé­co­nomie. Une épreuve sur la poli­tique docu­men­taire, où sont abordées l’épistémologie et l’histoire de la docu­men­tation. Sur ces deux épreuves, les connais­sances des can­didats semblent plutôt faibles. Un oral péda­go­gique portant sur les pro­grammes et une séquence péda­go­gique. Une épreuve sur dossier abordant les tech­niques docu­men­taires et les connais­sances géné­rales sur le système éducatif.

FADBEN  : Il existe une diver­gence entre le contenu du concours, d’un très haut niveau de connais­sances théo­riques surtout concernant les contenus venant des Sciences de l’information et de la com­mu­ni­cation et la réalité de ce qui est attendu sur le terrain en termes de for­mation des élèves. Cer­tains col­lègues se sentent floués et ont le sen­timent qu’on ne leur demande pas d’exercer le métier pour lequel ils ont été formés, puis recrutés en passant le CAPES.

IGEN : Nous recrutons des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes, non des ensei­gnants de dis­ci­pline. La FADBEN est en décalage avec la réalité du terrain. Elle réclame un ensei­gnement tra­di­tionnel, des cours de docu­men­tation. L’Inspection Générale, en se concertant avec les acteurs du métier et en s’appuyant sur le pro­tocole d’inspection, s’efforce d’améliorer les condi­tions d’exercice du métier. Lors des visites que nous effec­tuons, nous ren­con­trons une pro­fession plutôt satis­faite et dyna­mique, loin de l’image qu’en donne la FADBEN.

FADBEN : La pro­fession est en effet dyna­mique, c’est ce qui lui permet de s’investir dans les établis­se­ments et de faire des pro­po­si­tions qui vont géné­ra­lement au-​​delà de ce qui est demandé aux pro­fes­seurs docu­men­ta­listes en terme de for­mation des élèves, de le faire malgré les condi­tions qui ne sont guère favo­rables, ce qui demande beaucoup d’investissement et d’énergie pouvant parfois entraîner un certain décou­ra­gement. Tout est tou­jours à négocier, avec les col­lègues des autres dis­ci­plines, avec les chefs d’établissement, pour pouvoir mettre en place des for­ma­tions ; sans que rien ne soit jamais acquis, il suffit d’un chan­gement de per­sonne pour que tout soit remis en question. De plus, les for­ma­tions restent spo­ra­diques et inégales selon les établis­se­ments et selon les niveaux. Enfin, tous les élèves ne sont pas des­ti­na­taires de ces for­ma­tions, ce qui entraîne une très grande inégalité vis à vis des for­ma­tions proposées.

L’IG ne demandera jamais un service d’enseignement pour les pro­fes­seurs documentalistes

IGEN : Trois éléments sont à préciser :

  • Ce n’est pas le rôle de l’Inspection Générale d’écrire une cir­cu­laire de mission ;
  • L’Inspection Générale ne demandera jamais un service d’enseignement pour les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes ;
  • Eduscol contient tous les docu­ments néces­saires à l’exercice de la profession.

FADBEN : Pour revenir aux mis­sions et sans employer de terme qui fâche, il existe bien dans la cir­cu­laire de mis­sions de 1986 une mission de for­mation directe auprès des élèves qui est for­tement affirmée. Pour la FADBEN cette mission est cen­trale et fon­da­trice, elle coor­donne et donne le fil conducteur de toutes les acti­vités du pro­fesseur docu­men­ta­liste (gestion du fonds, ouverture cultu­relle, gestion et amé­na­gement du lieu CDI,…) La der­nière version du projet de nou­velle cir­cu­laire était en recul sur cette mission au regard même de la cir­cu­laire de 1986, qui date d’avant la création du CAPES de docu­men­tation et qui nécessite d’être réac­tua­lisée. Il n’est pas accep­table, pour la FADBEN, de revenir en arrière et de mini­miser cette mission de for­mation directe auprès des élèves. C’est ce qui explique la vivacité de notre réaction à ce projet.

IGEN : Il faut s’intéresser également à la liaison collège lycée, à travers une réflexion sur les learning centres. Pour nous, deux grands chan­tiers ont été amorcés :

  • Le PACIFI, qui a été adapté au socle commun ;
  • Une réflexion sur les lieux avec le col­loque sur les learning centres, qui a été de bonne tenue. La FADBEN devrait d’ailleurs s’intéresser à cette question.

FADBEN : Elle l’a déjà fait à l’occasion de la sortie du Médiadoc n° 3, « Espace d’information, espace de for­mation ». Exem­plaire apporté au sémi­naire de l’ESEN et offert à l’occasion de cet entretien avec les n° 5 et 6 « Vous avez dit enseigner ? » sur la question de l’enseignement.

La FADBEN ne milite pas pour des cours magistraux de documentation

IGEN : L’orientation impulsée actuel­lement par l’institution va dans le sens d’une péda­gogie inno­vante tournée vers l’entrée par les com­pé­tences, ce que fait le socle commun. La FADBEN a un posi­tion­nement rétro­grade en réclamant des cours magis­traux, l’enseignement de notions théoriques.

FADBEN : La FADBEN ne milite pas pour des cours magis­traux de docu­men­tation. L’héritage des pro­fes­seurs docu­men­ta­listes vient de l’Éducation nou­velle et la FADBEN a, au contraire, tou­jours milité pour des méthodes d’enseignement basées sur la péda­gogie active, la péda­gogie de projet, sur la réso­lution de pro­blèmes. Elle s’est tou­jours ins­crite dans l’innovation péda­go­gique, et les travaux en didac­tique de l’information (au sein de la FADBEN et dans la recherche uni­ver­si­taire) pro­longent cet héritage.

Le fait d’introduire l’apprentissage de notions plus théo­riques ne nécessite pas en soi le recours au cours magistral. Pour connaître les posi­tions de la FADBEN, il suffit de lire les textes publiés, notamment dans la revue Médiadoc et ses deux der­niers numéros.

Le mandat de l’association, défini par ses adhé­rents, est de pro­mouvoir un ensei­gnement de la culture de l’information pour tous les élèves, assuré par le pro­fesseur docu­men­ta­liste, en s’appuyant sur un système d’information didactisé et en col­la­bo­ration avec ses col­lègues de discipline.

IGEN : Est-​​ce que vous voulez ajouter des heures à l’emploi du temps des élèves qui est déjà surchargé ?

FADBEN : Non, nous savons qu’il est dif­ficile d’ajouter des heures sup­plé­men­taires. Les pro­po­si­tions de la FADBEN sont issues des pra­tiques sur le terrain, où les pro­fes­seurs docu­men­ta­listes ont investi les dif­fé­rents dis­po­sitifs mis à leur dis­po­sition, où ils tra­vaillent avec leurs col­lègues de dis­ci­pline. Ils sou­haitent que leur action soit légitimée.

La FADBEN sou­haite qu’il y ait une recon­nais­sance et une for­ma­li­sation de contenus d’enseignement spé­ci­fiques à l’information docu­men­tation que le pro­fesseur docu­men­ta­liste aura la charge de déve­lopper auprès des élèves. Nous sou­haitons aussi qu’il y ait une sys­té­ma­ti­sation et une har­mo­ni­sation de ces contenus, ainsi qu’une pla­ni­fi­cation des appren­tis­sages de la 6ème à la Ter­minale. Il convient qu’il y ait des temps de for­mation dédiés, sans pour autant ajouter des heures aux élèves. Cela peut se concevoir sous forme de modules à intégrer à des dis­po­sitifs dont cer­tains existent déjà (l’AP, les TPE ou l’ECJS en lycée, par exemple).

Ces contenus de for­mation sont à prendre en compte et à intégrer à la mise en place du socle commun. Les pos­si­bi­lités existent si l’institution en prend la décision. L’objectif est de donner de la cohé­rence aux for­ma­tions de sorte que tous les élèves, quel que soit leur établis­sement ou leur niveau, aient accès à une même for­mation comme c’est le cas pour tous les autres ensei­gne­ments obli­ga­toires. La FADBEN demande que le pro­fesseur docu­men­ta­liste soit clai­rement iden­tifié, dans les textes offi­ciels de mise en œuvre des pro­grammes, comme res­pon­sable de ces for­ma­tions. Le fait d’évoquer le CDI ou le recours à la recherche d’information n’est pas suf­fisant pour impliquer offi­ciel­lement le pro­fesseur docu­men­ta­liste sur une for­mation spé­ci­fique des élèves.

L’établissement a besoin de compétences professionnelles

FADBEN : Les travaux de l’Erté et les travaux de syn­thèse du GRCDI, ainsi que ceux de l’équipe Limin-​​R légi­timent la recon­nais­sance scien­ti­fique de la dis­ci­pline, ce que refuse de prendre en consi­dé­ration le ministère.

Le CDI doit se recentrer sur ces fonc­tions. C’est un outil de travail et de for­mation, il ne peut pas servir de variable d’ajustement aux flux d’élèves de la per­ma­nence. D’autres espaces néces­sitent d’être pensés et équipés en postes infor­ma­tiques pour répondre à ces besoins.

IGEN : Nous ne sommes pas fermés aux évolu­tions et nous ne nions pas l’existence des concepts info-​​documentaires. A chaque ins­pection de CDI, nous insistons sur le fait que le CDI n’est pas une salle de per­ma­nence. L’inspection pose la question du volume horaire que repré­sen­terait cet enseignement.

FADBEN : Nous évoquions, notamment dans le cadre de l’intersyndicale réunie par la FADBEN une four­chette de 4 à 6 heures pour un ensei­gnement modu­laire. Le débat est tou­jours en cours.

IGEN : Le chan­gement pro­voque tou­jours des réac­tions néga­tives. Le PACIFI répond à cette question de la légi­timité qui cor­respond à une demande, mais ce n’est qu’une étape avant d’aller plus loin, une suite sera pro­ba­blement donnée au PACIFI, elle inté­ressera sûrement la FADBEN.

M. Rozer, le doyen de l’IG, a ins­tauré le travail des IG en groupes inter­dis­ci­pli­naires. Il est très attentif aux ques­tions de la docu­men­tation et a soutenu plu­sieurs ini­tia­tives de l’IG EVS. Le Ministre a exprimé sa volonté de main­tenir la fonction.