Document de collecte et apprentissages info-​​documentaires

Marion Car­billet - Atelier pré­senté au 9e congrès des ensei­gnants docu­men­ta­listes de l’Education nationale

RESUME
"Document de col­lecte et appren­tis­sages info-​​documentaires" (atelier) - contri­bution de Marion Car­billet au 9e congrès des ensei­gnants docu­men­ta­liste de l’Education nationale, organisé par la FADBEN.

Document de collecte et apprentissages info-​​documentaires

Marion Car­billet - Atelier pré­senté au 9e congrès des ensei­gnants docu­men­ta­listes de l’Education nationale

L’auteur nous ayant signalé une erreur de version pour sa contri­bution publiée dans les Actes papier du 9e congrès des ensei­gnants docu­men­ta­listes de l’Education nationale organisé par la FADBEN, nous mettons ici à la dis­po­sition des lec­teurs la version cor­recte du texte concerné :


L’idée du document de col­lecte m’est venue à la lecture d’un article de Nicole Boubée. Dans ces travaux uni­ver­si­taires, elle étudie les pra­tiques infor­ma­tion­nelles de col­lé­giens et de lycéens [1] et met en exergue leur pra­tique du copié-​​collé.

Elle montre que cette pra­tique infor­melle contribue à la déli­mi­tation et la pro­blé­ma­ti­sation par les élèves de leur sujet de recherche. Elle pré­conise qu’elle soit prise en compte par les enseignants.

De mon coté, depuis quelques temps déjà je me sentais très mal à l’aise avec la métho­do­logie de recherche par étapes qui dis­tin­guait chro­no­lo­gi­quement les phases :

  • de déli­mi­tation du sujet et de défi­nition du besoin d’information
  • d’évaluation de l’information
  • de sélection de l’information

Il me sem­blait que ces phases ne cor­res­pon­daient pas à des pra­tiques natu­relles de recherche d’information et qu’en faire un ensei­gnement se révélait peu efficace. Il était peu pro­bable que nos élèves réuti­lisent cette méthode de façon autonome.

Partir de pra­tiques infor­melles des élèves pour mettre en place une métho­do­logie de recherche d’information me sem­blait une piste plus per­ti­nente. J’ai donc décidé de tenter l’expérience du document de col­lecte. Cela impli­quait un chan­gement important dans la mise en place de la situation de recherche. Tra­vailler sur document de col­lecte oblige à mettre les élèves sur ordi­nateur dès le début de la recherche d’information. On sup­prime donc l’interrogation préa­lable du sujet, sa pro­blé­ma­ti­sation et sa tra­duction en mots-​​clés.

Qu’est ce qu’un document de collecte ?

C’est document indi­viduel que l’élève réalise au début du pro­cessus de recherche d’information. Il se pré­sente sous la forme simple d’un empi­lement de copiés-​​collés qui sont cependant réfé­rencés (mention du site ou copié-​​collé de son adresse). Le titre est explicite : « Document de col­lecte » suivi du sujet de recherche. Le document fait une page et est imprimé en fin d’heure.

Ce document a le statut de brouillon et je demande aux élèves de le retra­vailler, le plus souvent en groupe. Ils prennent des sur­li­gneurs de cou­leurs dif­fé­rentes pour relever des infor­ma­tions sur des sujets dif­fé­rents, ils rayent et annotent. En confrontant leurs docu­ments de col­lecte, les élèves ver­ba­lisent leur che­mi­nement de recherche et cer­tains de leurs cri­tères de sélection. Ils élaborent en groupe une carte mentale sur leur sujet. Avec l’aide des ensei­gnants, les manques infor­ma­tionnels sont relevés ; ils feront l’objet d’une nou­velle recherche.

Les prin­ci­pales variables péda­go­giques sont : le sujet (plus ou moins com­plexe, plus ou moins explicite), la mise à dis­po­sition ou non des res­sources par un portail ou une basse de données, et l’organisation du travail (phases de travail indi­viduel, de groupe ou même de la classe entière).

Quels apprentissages info-​​documentaires sont mis en place ?

Si on reprend l’organisation des connais­sances pro­posée par André Tricot [2], voici les connais­sances en jeu lors de l’utilisation du document de col­lecte :

Connais­sances procédurales :

  • Savoir-​​faire (niveau de l’exercice)
    • pra­tiquer la lecture rapide et sélective sur le sujet donné
    • cerner les limites du sujet donné
    • évaluer rapi­dement la per­ti­nence des infor­ma­tions trouvées
    • réfé­rencer ses extraits
  • Méthode réuti­li­sable
    • pra­tiquer une lecture rapide et sélective
    • définir un besoin d’information
    • savoir revenir rétros­pec­ti­vement sur un che­mi­nement de recherche (être capable de décrire les actions et nommer les outils uti­lisés)
    • établir une sitographie

Connaissances déclaratives

  • Com­pré­hension
    • le copié-​​collé est une étape de brouillon
    • le guidage imposé par les moteurs peut-​​être cri­tiqué
    • l’intention de publi­cation influe sur la qualité de l’information
    • l’accès à l’information peut déter­miner sa per­ti­nence : moteur, BDD, portail
  • Concepts = Notions info-​​documentaires [3]
    • source : auteur, édition
    • espace infor­ma­tionnel : BDD, portail
    • document secon­daire
    • recherche d’information : Moteur de recherche
    • sélection de l’information
    • exploi­tation de l’information : évaluation de l’information, per­ti­nence

Pourquoi le document de col­lecte participe-​​t-​​il à l’acquisition d’une culture informationnelle ?

Le document de col­lecte est une tâche dont j’attends une pro­gression de la 6ème à la 3ème (com­plexi­fi­cation des sujets et qualité gran­dis­sante du contenu infor­ma­tionnel). En tant que tâche, l’activité vise la mise en place d’un pro­cessus d’apprentissage qui débou­chera nor­ma­lement sur les connais­sances déjà citées qui sont des connais­sances néces­saires au lecteur numérique.

Par ailleurs l’utilisation du document de col­lecte prend appui sur la pra­tique infor­melle du copié-​​collé, ce qui repré­sente un vrai levier pour la moti­vation mais aussi pour l’implication per­son­nelle de l’élève dans sa recherche car on prend appui sur sa per­son­nalité, sa connais­sance du sujet et on accepte la part de flou et de séren­dipité inhé­rente à toute recherche en ligne.

Enfin, le professeur-​​documentaliste dans ce type d’exercice n’est plus celui qui n’est là que pour donner les clés d’une recherche efficace. Il est là pour pro­poser la situation de recherche. Il est ensuite présent pour aider les élèves (à trouver l’auteur d’un site, à orga­niser les idées, à mettre en avant les manques, etc.) et sus­citer chez eux l’analyse rétros­pective de leur démarche. C’est par ce travail mené en aval bien plus qu’en amont de la recherche, par la ver­ba­li­sation attendue des élèves (ver­ba­li­sation qui oblige à se doter d’un voca­bu­laire pour nommer actions et outils) que l’enseignement de la culture infor­ma­tion­nelle me paraît per­tinent. Car comment mieux com­prendre le monde qui nous entoure qu’en parlant de lui ?


Notes

[1] Boubée, Nicole, « Le rôle des copiés-​​​​collés dans l’activité de recherche d’information des élèves du secon­daire », décembre 2008 http://​archi​vesic​.ccsd​.cnrs​.fr/docs…

[2] Tricot, André, « Appren­tissage et ensei­gnement », Mediadoc décembre 2011 http://​www​.fadben​.asso​.fr/​I​M​G​/​pdf/A…

[3] Wikiin­fodoc http://​fadben​.asso​.fr/​w​i​k​i​n​o​t​i​ons/i…

Documents joints
Document de collecte : fiche